L’Oeil urbain de Frances Dal Chele

La quatrième édition de l’OEil urbain, programmée du 1er avril au 22 mai 2016, met cette année à l’honneur la photographie belge, avec des auteurs comme Cédric Gerbehaye, Thomas Vanden Driesshe, Sébastien Van Malleghem et Colin Delfosse, dont le travail sur les catcheurs congolais de Kinshasa avait déjà attiré mon attention aux lectures de portfolios des Voies Off à Arles il y a quelques années.

En marge de la photographie belge, le festival propose un autre regard sur la vie urbaine, notamment celui de Frances Dal Chele qui poursuit son travail sur la Turquie avec une nouvelle série sur un quartier d’Istanbul.

Tarlabasi est un quartier déshérité au coeur d’Istanbul sur sa rive européenne. Autrefois ce quartier cosmopolite était parmi les plus agréables où résidaient surtout Grecs et Arméniens. Une série d’événements dramatiques entre 1942 et 1974 a réussi à chasser la quasi-totalité de ces populations. Depuis, Tarlabasi n’a cessé de se paupériser. Ses actuels habitants – familles kurdes ayant fui leurs villages dévastés, jeunes désoeuvrés, prostituées, transgenres, Roms, immigrés africains, réfugiés syriens – ont le grand tort d’être trop pauvres, trop peu seyants pour un quartier près de la Place Taksim convoité par les pouvoirs publics alliés aux promoteurs-constructeurs flairant de gros profits.

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Ce quartier est bouleversé par un projet de rénovation urbaine, Tarlabasi 360. Très contesté (plus de 500 procès), il vise la gentrification du quartier : envoyer à la périphérie d’Istanbul ces habitants affligés de problèmes, interlopes afin de construire un Nouveau Tarlabasi conçu pour une classe aisée et les touristes. La première tranche (20.000m2 de terrain) de ce projet a transformé une partie de Tarlabasi en quartier fantôme. Depuis 2012, des immeubles en ruine servent d’antre aux prostituées, de repaire aux petits trafiquants et d’abri aux réfugiés syriens.

C’est démoralisant de savoir que mon travail n’empêchera pas Silan, Masum, Emre, Seref, Özge, Irfan, Engin, Gül et son mari Sedat d’être victimes de la globalisation. Vouloir sortir de l’ombre ceux que la modernité laisse sur le bas-côté est une protestation peut-être aussi impuissante que les tags.

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L’exposition de Frances est à voir en extérieur rue du Trou Patrix

91100 Corbeil-Essonnes

Jusqu’au 22 mai

 

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