Les offrandes de Gao Bo

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La Maison Européenne de la Photographie consacre une grande rétrospective au travail de Gao Bo, né en 1964 dans la province du Sichuan en Chine, depuis ses premières photographies tibétaines aux installations les plus récentes, la plupart présentées pour la première fois en Europe.

Cette exposition met en lumière les thèmes chers à l’artiste et s’attache à révéler les spécificités de sa démarche, mêlant cheminement conceptuel et recherche plastique, aux frontières de la photographie, de l’installation et de la performance.

Arrivées par containers de Pékin, les mille pierres aux mille visages ouvrent la rétrospective de Gao Bo sous l’arbre du jardin de la MEP. Posées en pyramide, ces «offrandes au mandala» symbolisent un ex-voto comme un bel hommage au peuple tibétain, si cher à l’artiste.

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C’est par une série de portraits de Tibétains que le photographe a débuté sa carrière, en 1985. Ce premier voyage où il découvre sa vocation sera suivi d’autres au cours des années 1980 et 1990. Ses images, d’une grande sensibilité artistique, saisissent des instants de vie des tibétains, fige les prières des moines, capturent un rayon de lumière. Et plusieurs années après, sur chaque image, Gao Bo a tracé des symboles, des formes abstraites, en utilisant son sang comme encre et une calligraphie automatique qu’il a baptisée langage de l’âme. Pour l’artiste, il s’agit moins d’un sacrifice que d’une offrande. Pour le spectateur, l’émotion est intense.

Mes voyages au Tibet n’étaient pas seulement un dépassement de soi : plus important, il s’agissait d’élever mon âme.

Le souvenir de la révolution culturelle, de ses tribunaux populaires et de ses exécutions publiques auxquelles il était contraint d’assister a souvent hanté l’artiste, et surtout la mort brutale de sa mère qui s’est jetée sous un train devant ses yeux alors qu’il avait huit ans. Je voulais retrouver mes souvenirs d’enfance  dit-il très simplement. Au-delà de l’image il écrit sur le mur la légende de son œuvre dédiée à celle qui lui a donné la vie, morte à l’âge de trente ans : « Pour ma mère qui nous a quittés trop tôt ». L’existence misérable de cette femme est représentée par une souche d’arbre éclatée devant laquelle il a déposé un coussin blanc ensanglanté : fissures, déchirements, horreurs d’un drame impossible à oublier.

Pour composer, dans les étages, les installations en hommage à sa défunte mère ou encore aux condamnés à mort chinois, Gao Bo a amené des néons, des boîtes rouillées, des photos brûlées et de monumentaux tirages photographiques, dont certains ont été recouverts de peinture, ici, à Paris. Ainsi, de sa pratique photographique des années 90, Gao Bo n’a conservé que le noir et blanc pour explorer les souffrances de son enfance, l’histoire de son pays et produire en toute liberté une œuvre magistrale.

A voir absolument !
Jusqu’au 9 avril 2017
MEP – Maison Européenne de la Photographie
5/7 Rue de Fourcy – 75004 Paris

 

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