Juliette Agnel présente L’épaisseur du temps

La Galerie Le Lieu à Lorient propose jusqu’au 25 juillet une exposition très complète autour de la série des Les Nocturnes de Juliette Agnel.

De ses premières séries à ses recherches les plus récentes, entre images fixes et images en mouvement, photographies et projections, cette exposition permet de redéployer son univers à la puissante richesse picturale, témoignant d’un regard contemplatif et poétique sur le monde, et proposant une réflexion fascinante sur la temporalité et la lumière comme éléments intrinsèques à la construction de l’image.

J’ai déjà parlé de Juliette Agnel en 2014 et 2016 et j’ai plaisir à rappeler que c’est elle qui a réalisé mon portrait Ebloui avec sa camera obscura numérique.

Juliette Agnel est une artiste dont le parcours est jalonné de travaux singuliers explorant régulièrement les frontières entre images documentaires et fictions. Avec sa série Les Nocturnes, elle nous entraîne dans une expérience sensorielle unique. Cherchant depuis plusieurs années à travailler sur les nuits étoilées, elle a parcouru les Pyrénées l’été 2017 en scrutant les cieux des deux côtés de la frontière. « Je me suis retrouvée dans des endroits magnifiques, de nuit comme de jour … J’avais besoin d’un paysage terrestre, même si c’est pour basculer ensuite vers un paysage imaginaire », précise-t-elle. Ainsi elle a photographié des paysages de jour auxquels elle a associé d’autres photos de ciels étoilés qu’elle a captés la nuit, le montage étant finalisé par un retoucheur professionnel. « Je m’appuie sur le réel, mais il faut que ça le dépasse et qu’on arrive dans un espace intermédiaire. C’est un paysage onirique que je suis venue chercher. »

Le résultat est sublime !

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© Juliette Agnel, « Nocturnes#2 », 2017  Courtesy Galerie Françoise Paviot

« Longtemps habitée par l’idée même de ciel étoilé, c’est l’été dernier, dans le désert espagnol, que Juliette Agnel a enfin trouvé les images qu’elle portait en elle. La série des « Nocturnes » est apparue, après une lente maturation de fabrication. Ce terme, d’origine musicale, convoque d’emblée les sensations. « Je regarde l’immensité elle-même dans son dénuement absolu. Des paysages presque irrationnels. Des lieux devenant non-lieux, à la fois chaos et cosmos, transcendant la réalité, chargés d’une symbolique cosmique et mystique », explique l’artiste pour caractériser ces territoires apocalyptiques, point de bascule entre réalité et fiction. La découpe des montagnes dans le ciel bleuté, la rugosité des sols, l’absence d’humanité, les rares lunes nues et les étoiles par milliers, concourent à créer une inquiétante étrangeté. Cela est renforcé par la présentation dans des caissons lumineux de ces lucioles brillants dans la nuit. L’incertitude règne également sur leur statut d’image fixe : à tout moment, comme dans les images en mouvement présentées selon un dispositif sophistiqué évoquant autant la chambre noire, la cabine de projection que le diorama, les comètes et les étoiles filantes pourraient s’accélérer ou se figer. Il ne s’agit pas ici de simples paysages, mais de la création d’une immersion pour le visiteur qui est contraint de se positionner entre un infiniment grand et un infiniment petit, en une réflexion métaphysique sur son devenir. L’ambiguïté reste de mise. Face à ces territoires perdus, nous sommes en proie à nous demander si l’humanité entière n’aurait pas déjà disparu. »

Léa Bismuth, à propos de la série Les Nocturnes, 2017

 

Hormis Les Nocturnes, vous pourrez aussi admirer des portraits de la série Les Eblouis, quelques images des autres séries Laps et Ile.

A voir absolument !

Juliette Agnel est née en 1973. Après des études d’arts plastiques et d’ethno-esthétique à l’université Paris 1 puis aux Beaux Arts de Paris, sa rencontre avec Jean Rouch l’amène sur les routes de l’Afrique pendant plus de 10 ans. En 2011, elle conçoit et fabrique une machine : la camera obscura numérique, avec laquelle elle filme et photographie. Représentée par la Galerie Françoise Paviot, elle a été nominée au Prix Découverte à Arles en 2017 avec sa série « les Nocturnes ». Pour poursuivre son travail de recherche vers les paysages extrêmes elle s’est rendue au Groenland il y a quelques semaines et on a hâte de découvrir ses nouvelles photographies.

Jusqu’au 25 juillet 2018

Galerie Le Lieu

Hôtel Gabriel – Enclos du Port – 56100 Lorient

Ouvert du mardi au vendredi de 13h à 18h
et du samedi au dimanche de 15h à 18h

Visites commentées le mardi 26 juin à 12h30 et le mercredi 25 juillet à 12h30

Entrée libre

 

 

 

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