La Santé de Mathieu Pernot

« La Santé », seule maison d’arrêt à Paris intra-muros, a été construite en 1867 dans le 14e sur le site d’une maison de la santé. Elle a connu des prisonniers célèbres, comme le poète Guillaume Apollinaire (1911), Léon Daudet, Jean Genet ou le gangster Jacques Mesrine, qui s’en évade en 1978.

Sachant que la prison allait partiellement fermer à partir de 2014 pour d’importants travaux de rénovation, Mathieu Pernot réussit à convaincre l’administration pénitentiaire de l’autoriser à photographier les bâtiments désertés avant leur destruction.

En avril 2015, alors que les derniers détenus venaient d’être transférés vers d’autres établissements pénitentiaires, il photographie l’ensemble du bâtiment et parcourt l’intégralité des cellules pour y inventorier les graffitis inscrits sur les murs et prélever les images qui y étaient encore accrochées. Puis à l’automne 2015 il photographie le chantier de démolition.

_MG_9823la santé, 2015 ©Mathieu Pernot

Mathieu Pernot observe avec son appareil l’architecture de cette prison, cherchant la bonne distance, passant de la structure à l’individu, sans les individus. En faisant dialoguer ses photographies avec des inscriptions et images prélevées sur les murs, il fait le récit à plusieurs voix de cette vie intérieure. La simplicité et la rigueur de son regard permet l’incarnation de ces existences absentes, locataires involontaires de ces lieux contraints. Sans voyeurisme ni morale, dans une oeuvre qui se joue sans acteurs par l’unique trace de leurs existences, il semble nous conduire, tel un archéologue, au coeur d’une civilisation connue de tous et pourtant invisible de notre histoire.

‘‘Qu’est ce que l’enfermement ? Comment faire exister une certaine forme de liberté sur les murs derrière lesquels on se trouve enfermé ?’’ Tel est le vrai sujet qu’il interroge avec ce travail.

L’exposition actuellement présentée au CENTQUATRE-PARIS présente des photographies de coursives de la prison et la vidéo intitulée Promenade de Santé (5’27”). Dans ce film, Mathieu Pernot parcourt l’ensemble des bâtiments de la prison de la Santé et nous invite à découvrir le lieu peu de temps après le départ des détenus. Ce film montre également le prélèvement par l’auteur des documents laissés par les détenus sur les murs de leur cellule et constitue une forme de modus operandi de l’ensemble du travail.

L’Installation Archives de la Santé (2015) est constituée de textes retranscrits et d’images prélevées dans les cellules. Ces archives mettent en forme des récits multiples et le portait en creux de ceux qui se trouvèrent enfermés derrière ces murs. On y trouve des photos pornos ou religieuses, des posters de montres ou de voitures de luxe …

muscu 2015 ©Mathieu Pernot(1)

Au centre de la salle, L’Atlas troué, installation de cartes prélevées dans les cellules, cartes du monde, de pays ou de villes. Certaines d’entre elles, disposées sur les portes, sont trouées en leur centre pour permettre aux gardiens se trouvant dans la coursive de voir l’intérieur de la cellule à travers l’oeilleton.

Enfin, au coeur des photographies de Mathieu Pernot sur la démolition des bâtiments de La Santé, Les Peintures cassées, 24 peintures sur bois réalisées par des détenus dans le cadre d’un atelier d’art plastique. Collées sur un mur et promises à la disparition, ces peintures, cassées au moment du chantier, il les a réparées en agrafant ensemble les morceaux.

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L’ensemble est poignant, à voir absolument !

Lauréat des prix Nadar en 2013 et Niepce en 2014 (qui, je le rappelle, sont décernés par l’association Gens d’images), Mathieu Pernot est l’un des photographes majeurs de sa génération avec ses travaux au long cours à l’opposé des photos au kilo postées chaque jour sur les réseaux sociaux. Ses photographies sont toujours croisées avec des documents d’archives, des albums de famille, des cartes postales anciennes. Il a notamment travaillé sur l’hôpital psychiatrique de Picauville, dans la Manche, avec l’historien Philippe Artières, travail qui avait été exposé à la maison rouge (cf mon article de février 2014).

Mathieu Pernot s’inscrit dans la lignée des photographes documentaires, comme Etienne Atget ou August Sander. Ses photographies sont la mémoire de ce qui va disparaître, c’est-à-dire indispensables !

Jusqu’au 6 janvier 2019

Le CENTQUATRE-PARIS

5 rue Curial – 75019 Paris

01 53 35 50 00

 

La Santé

Photographies Mathieu Pernot

Introduction de José-Manuel Gonçalvès
Préface de Mathieu Pernot

Relié, 21 x 28,5 cm
128 pages – 75 photographies couleur

Editions Xavier Barral

35€

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Les Portes de glace de Juliette Agnel

Labanque est le centre de production et de diffusion en arts visuels de la Communauté d’agglomération de Béthune Bruay Artois Lys Romane (Pas-de-Calais). Son nom vient de son installation en 2007 dans l’ancienne Banque de France, bâtiment aux espaces insolites et divers : salles des coffres, espace des guichets avec son comptoir en marbre, mais aussi appartement de fonction du directeur, soit près de 1525 m² dédiés à l’art contemporain.

Labanque s’intéresse à tous les champs de la création contemporaine (peinture, photographie, sculpture, vidéo, installation, etc.). Chaque année elle présente une grande exposition collective (de septembre à février) et trois expositions personnelles d’artistes (de mars à juillet). Des visites, des ateliers et des rencontres sont programmés pour chaque exposition.

Je vous parle de Labanque en raison de l’exposition Vertiges, troisième volet de La Traversée des inquiétudes, Une trilogie librement inspirée de la pensée de Georges Bataille par Léa Bismuth curator et critique d’art.

L’exposition déployée sur les quatre niveaux réunit des oeuvres en prêt, notamment de Daniel Pommereulle mais également des productions artistiques inédites dont celles de Juliette Agnel.

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Juliette s’est rendue au Groenland l’hiver dernier dans le but de continuer sa série de paysages nocturnes. Dans ses bagages, matériels ou imaginaires, des œuvres de Paul-Emile Victor, Marcel Griaule, Jules Verne, Victor Segalen, Jean Rouch, et toute la curiosité, la fougue et l’inventivité d’un Commandant Charcot, personnage qui nous réunit. Mais les conditions climatiques extrêmes l’ont amenée à faire autre chose et le résultat est magique ! C’est ainsi que sont nées Les Portes de glaces, série de six photographies, invitation à rentrer dans l’immensité du Groenland, et de ses icebergs, témoins « d’un paysage de l’extrême ».

Chaque photographie est réalisée au moyen format numérique depuis un bateau, puis retravaillée, en un ressassement du médium photographique lui-même.

05 - Porte V

Le passage au négatif, souvenir de l’argentique, évoque les négatifs anciens sur papier salé ou albuminé. Juliette Agnel a le don de traverser l’histoire du médium photographique entre photographie de facture primitive (la magie du sténopé) et dispositifs contemporains (des caissons lumineux éclairés par des Led).

03-Porte III

Je me vois en effet comme une expérimentatrice ou exploratrice de la matière photographique, mais certainement pas des premiers temps de la photographie puisque les expérimentations n’ont jamais cessé. D’autre part, en ce qui concerne mes expériences, par exemple avec la camera obscura numérique, elles ne pourraient pas avoir eu lieu si le numérique n’existait pas. Je manipule la matière photographique grâce à tous les outils qui existent, peu importe à quelle histoire ils appartiennent, tant qu’ils m’aident à fouiller et transformer le réel. J’aime avoir la liberté et le choix.

Cette exposition vaut vraiment le déplacement jusqu’à Béthune, sans oublier de passer au Louvre Lens !

Jusqu’au 10 février 2019

44 place Georges Clemenceau
62400 Béthune

Du lundi au dimanche de 14h à 18h30

Tarifs : 6 euros (tarif plein), 3 euros (tarif réduit), gratuit sous conditions et chaque premier dimanche du mois

Les Photaumnales

Organisée par Diaphane, pôle photographique en région Hauts de France, la 15ème édition des Photaumnales, dans une année de commémorations multiples (1918-1968 …), interroge elle aussi la relation mémorielle de la photographie à l’histoire, en confrontant des approches multiples et variées sur ce thème. Où loge la mémoire, tel est son titre, explore la diversité des relations qu’entretient la photographie avec le temps.

Au programme : 27 photographes présentés dans des expositions thématiques ou monographiques, de nombreuses visites et ateliers proposés dans le cadre du programme d’éducation à l’image afin de permettre à un large public de découvrir la multiplicité des approches artistiques et de mieux comprendre le langage des images.

Plusieurs photographes que j’apprécie particulièrement et que je suis depuis longtemps sont présents cette année aux Photaumnales.

Ambroise Tézenas a enquêté sur le phénomène, connu dans le monde anglo-saxon sous le nom de dark tourism, qui consiste à visiter des lieux marqués par la tragédie. Du massacre d’Oradour-sur-Glane en 1944 jusqu’aux ruines du tremblement de terre de la province du Sichuan en Chine, en 2008, Ambroise traverse le XXe siècle en passant, entre autres, par Auschwitz, le Cambodge, le Rwanda, l’Ukraine ou Tchernobyl. Il dresse un état des lieux de ces voyages organisés d’un nouveau genre, qu’il résume d’une phrase : « Ici, on vient vérifier un cauchemar ». J’ai déjà eu l’occasion de commenter ce travail en juillet 2015 à l’occasion de son exposition aux Rencontres d’Arles.

I was here / Tourisme de la désolation

© Ambroise Tézenas. Voyage à Tchernobyl, Ukraine, 2008.

Sophie Zénon dont j’ai parlé à plusieurs reprises présente Pour vivre ici, titre emprunté à un poème de Paul Eluard, un film qu’elle a réalisé au cours d’une résidence de création en 2017 (Abri mémoire, Uffholtz) sur le site vosgien du Hartmannswillerkopf (HWK), haut lieu de la Première Guerre mondiale, Il aborde la question de la restitution de la mémoire d’un lieu de conflit de la Guerre de 14. A mi-chemin entre recherches documentaires et esthétiques, s’appuyant sur des travaux de scientifiques tels que botanistes et personnels de l’ONF, ce travail propose une interprétation du lieu à partir de sa forêt et une approche du site par ceux qui le vivent, le côtoient, le pratiquent. Lumières éblouissantes, paysages « vibrés », superpositions de documents d’archives et d’éléments naturels réalisées in situ, constituent la trame d’une écriture personnelle pour rendre compte tant de l’esprit des lieux que de la manière dont les hommes ont appris à vivre avec cette forêt.

Un petit accrochage de photographies (on aimerait en voir davantage) complète la projection de cette vidéo de 17mn.

Lippische Schweiz, Pour vivre ici

© Sophie Zénon. Pour vivre ici, Lippische Schweiz

A la demande de la Direction régionale des affaires culturelles de Normandie et de l’Association régionale pour la diffusion de l’image à Caen, Céline Clanet a exploré pendant deux ans les trois logements de fonction des préfets de Basse-Normandie, patrimoine national dont l’accès est interdit au public.

Partout, de longs couloirs, des salons d’apparat, des odeurs de boiseries, de

meubles anciens, et le craquement indiscret du parquet ; partout, un personnel

consciencieux occupé à repasser, servir, cuisiner, entretenir des bâtiments

classés, souvent splendides.

Toujours, la surprise de n’y voir aucune photo de famille, aucun objet personnel.

Ces lieux ne sont que les écrins secrets où dort un fonctionnaire, un soldat haut

gradé de l’Etat, qui ne fait qu’y travailler, pendant une petite poignée d’années ou

quelques mois, avant de laisser sa place au suivant.

Je connaissais surtout Céline pour le travail personnel qu’elle mène depuis des années sur le territoire arctique européen continental, qui rejoint les préoccupations de l’Observatoire Photographique des Pôles. Sa série Máze a été plusieurs fois récompensée et exposée, notamment à Bordeaux en 2016, je l’avais annoncé.

Accès réservé, Petite salle à manger - Hôtel du préfet du

© Céline Clanet. Accès réservé. Petite salle à manger. Hôtel du Préfet du Calvados, Caen

Gaël Clariana, lui, photographie les zones pavillonnaires en cours de construction. (Voir mon article sur son exposition Habiter le paysage en janvier 2014).

Olivier Grasser en parle bien :

Dans des environnements neufs et artificiels, les éléments de bâti semblent

les pièces d’un jeu d’assemblage à l’échelle monumentale, les maisons se

donnent à voir comme des coquilles vides et nues, inquiétantes ou dérisoires

par leur impersonnalité et leur ressemblance. Attentif à l’homogénéité des

couleurs d’image en image, Gaël Clariana s’attarde sur la géométrie rigoureuse

des structures et sur la nudité des surfaces, sur la manière dont le dessin des

pavillons articule un espace vide et stérile. Ces oeuvres illustrent un mode

de développement urbain parfaitement actuel. Elles sont un regard critique

porté sur l’expansion des villes en zones périphériques d’habitat individuel

et pavillonnaire, qui bouleversent l’urbanisme traditionnellement organisé en

combinaisons d’axes de déplacement et d’îlots commerçants et résidentiels.

Les photographies de Gaël Clariana fabriquent la mémoire d’espaces éphémères et généralement négligés au profit d’une vision du paysage urbain plus achevée et pérenne.

Ici bientôt

© Gaël Clariana. Ici bientôt, Résidence “Le Clos des Châtaigniers”, Amiens, 2003

Quant à Serge Clément, c’est pour moi une belle découverte. La qualité des tirages (en piézographie) et de l’accrochage ont retenu mon attention.

Serge Clément, qui vit et travaille à Montréal, a été accueilli en résidence par Diaphane en 2017, dans le cadre du partenariat avec les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie. Sa démarche documentaire donne naissance à un récit poétique.

… le regard de l’étranger sur cette urbanité, ses espaces aménagés, domestiqués

empreintes de ses lumières d’octobre, de ses effluves, de soleils évasifs

porté par les hasards, les coïncidences, des énigmes

extraits de son patrimoine architectural, historique, industriel, littéraire, filmique …

Fragments & Trans

©Serge Clément. Fragments & Trans, 2017

Tous ces artistes sont présentés au Quadrilatère

22 rue Saint-Pierre – 60000 Beauvais

Du mardi au vendredi  de 12h à 18h et samedi et dimanche de 10h à 18h

 

L’exposition d’Arnaud Chambon, dont j’ai déjà parlé en 2012 et 2015, est présentée à l’Espace Séraphine Louis à Clermont.

J’ai passé 5 mois au sein de l’hôpital psychiatrique de Clermont, dans l’Oise. J’ai

fait ce choix car cet autre, cet ailleurs que cristallise le soin psychiatrique fait

partie de ma vie depuis longtemps, et que cette immersion totale était pour moi

une façon de faire face à quelque chose.

Comme souvent quand j’arrive quelque part, je me mets en colère contre les

mots utilisés dans ce lieu. L’hôpital n’a pas fait exception a` cette règle. Au centre

de ma colère il y avait les mots de la nosologie. Parfois il m’arrivait d’utiliser les

mêmes mots et ma colère redoublait. J’ai mâché cette colère, j’ai fermé les yeux

et je suis descendu en moi pour mieux regarder ce que je voyais.

Il y eut pour moi ces déchirures devant le monde que le photographe connaît

bien, des sortes d’extases. Il y eut aussi beaucoup de difficultés et des

photographies manquées. Mais j’ai pu je crois réaliser des photographies qui

comptent pour moi. Et à chaque fois, elles me laissaient nu, perdu, sans savoir.

Je n’étais pas seul. Une centaine de personnes, dont la plus jeune avait 6 ans, ont

toutes essayé de trouver le chemin vers des photographies qui comptent pour

elle-même. Et il y eut aussi pour moi ce double bonheur de regarder l’énergie

dégagée par notre mouvement, et de vivre les photographies réalisées par

d’autres. Arnaud Chambon

Il s’agit d’une véritable installation car aux photographies réalisées par Arnaud au sein de l’hôpital viennent s’ajouter celles prises par les « malades ». Ainsi près de 500 petits tirages épousent les formes mansardées de l’espace, comme pour insister sur le caractère torturé de leurs auteurs. L’ensemble est très fort, voire dérangeant. Dommage que cette exposition soit un peu mise à l’écart.

Contre !

© Arnaud Chambon. Contre !, 2017

Espace Séraphine Louis

11 rue du Donjon – 60600 Clermont-de-l’Oise

Mercredi, samedi et dimanche de 14h à 18h

Jusqu’au 31 décembre 2018

Accès gratuit à l’ensemble des expositions

Gilles Roudière et Istanbul

L’Espace Photographique du Leica Store présente actuellement les œuvres de Gilles Roudière sous le titre Unsung song of a city.

Gilles Roudière est un photographe solaire, il transfigure le monde et opère d’étranges transsubstantiations par la lumière, par le grain explosé de ses images, par la portée de son regard fasciné et fascinant qui ne s’arrête jamais à la surface des choses, il nous entraine avec lui dans un au-delà de la photographie et de nous-mêmes.

Caroline Bénichou

Cet extrait du texte de présentation résume parfaitement l’univers de Gilles Roudière, photographe autodidacte né en 1976, qui vit à Berlin depuis 2005. Je suis son travail depuis sa première série sur l’Albanie en 2012.

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Gilles aime les voyages et pourtant ses photographies ne ressemblent en rien aux photographies de voyage classiques. Il gomme tous les aspects narratifs et anecdotiques du lieu pour ne conserver que des successions d’instants. Ses images très subjectives dressent un portrait personnel des territoires qu’il explore. On y rencontre souvent des enfants, des animaux, notamment des oiseaux … on y ressent une présence fantomatique mais pas inquiétante, juste attirante, attachante et on se laisse entraîner dans son monde imaginaire et intemporel.

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L’exposition au Leica Store rassemble une vingtaine d’images réalisées à Istanbul entre 2013 et 2015. Il faut aller admirer ses tirages, au noir intense, riches en grain et en matière.

Jusqu’au 27 octobre 2018

Espace Photographique du Leica Store

105-109 rue du Faubourg Saint-Honoré – 75008 Paris

Du lundi au samedi de 10h à 19h

Entrée libre

Un conte polonais

Bogdan Konopka, né en Pologne en 1953, vit et travaille à Paris depuis bientôt trente ans. Son travail photographique porte principalement sur la ville et son devenir, les paysages urbains de différents pays comme la Pologne, la France, ou la Chine..

Ses photographies noir et blanc, réalisées à la chambre puis tirées par contact, sont de format relativement petit et présentent des nuances infinies de gris qui constituent l’une des grandes caractéristiques de son œuvre.

Delpire vient de publier son dernier livre qui rassemble plus d’une centaine de photographies prises depuis une quarantaine d’années en Pologne, son pays d’origine. Ces images des lieux qui font partie de son histoire ou encore de ses proches sont d’une extrême sensibilité …

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Un beau livre accompagné d’un texte de Christian Caujolle. Je vous le recommande !

Rappelons que Bogdan est représenté par la galerie Françoise Paviot, une excellente galerie !

Un conte polonais

Delpire éditeur

20×24,5 cm – 176 pages – Relié

Prix 28€

Des Rives #02 à Marseille

DES RIVES est une manifestation consacrée à la photographie contemporaine née l’an dernier à Marseille. Portée par Le Percolateur, espace de formation, lieu de diffusion et de résidence né en 2012 à l’initiative de Marco Barbon, elle entend sensibiliser un large public à la création photographique en Europe et en Méditerranée, dans le but de contribuer au dialogue entre les différentes cultures de l’espace euro-méditerranéen.

Cette manifestation ne prend pas la forme d’expositions, comme c’est souvent le cas, mais d’un un programme de conversations publiques avec des photographes de renommée internationale venant d’Europe et des pays du bassin méditerranéen.

La spécificité du cycle DES RIVES réside dans la nature des rencontres avec les auteurs qui se déroulent sous la forme d’un entretien public filmé, monté et mis en ligne sur le site www.desrives.net

DES RIVES propose donc une offre culturelle originale, totalement gratuite, destinée en grande partie à un public non-initié aux pratiques artistiques contemporaines. Un public amateur de la photographie y côtoie un public professionnel (photographes, commissaires d’exposition, éditeurs, galeristes…) déjà familier de ce genre de rencontres.

DES RIVES propose également un programme d’éducation à l’image. Un travail pédagogique mené en collaboration étroite avec les enseignants de plusieurs lycées et écoles de Beaux-Arts permet aux élèves de rencontrer des photographes de renom, de découvrir leurs oeuvres et de réfléchir aux thématiques soulevées par leur travail.

Sous la houlette de Marco Barbon, photographe, mais aussi directeur artistique du Percolateur et de DES RIVES, la seconde édition se tiendra cette année

du 11 septembre au 2 novembre

et les artistes invités sont les suivants :

Luc Delahaye / photographe / France

© Luc Delahaye_Les Pillards_Port-au-Prince, Haiti, 17 janvier 2011

Carlos Spottorno / photographe / Espagne

Stephen Dock / photographe / France

Carmine Grimaldi & Deniz Tortum / réalisateurs / États-Unis

Ziad Antar / photographe / Liban

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Vanessa Winship / photographe / Royaume-Uni

©Vanessa Winship_Agence Vu_série Black Sea, 2006.jpg

Notez d’ores et déjà le premier rendez-vous :

mardi 11 septembre à 18h30

Photographes, quels sont vos droits ?

Table ronde avec Pierre Ciot, photographe et président de la Saif et Michel Vialle, photographe et administrateur de la Saif, Société des Auteurs et des arts visuels de l’Image Fixe.

Le Percolateur, 67 rue Léon Bourgeois, 13001 Marseille

8 autres événements sont au programme, organisés dans différents lieux culturels de Marseille, dont 6 conversations publiques menées par Yann Tostain.

Né en France, il a étudié les Sciences Humaines à Marseille et Paris et a obtenu son Doctorat en 2004. Il entame son travail de photographe en Afrique de l’Ouest en 2007, puis dans les Balkans et l’ancien bloc de l’Est. A partir de 2009, le questionnement sur la fonction et les limites de l’image prend progressivement le pas sur la dimension strictement documentaire dans son travail photographique. Il se consacre parallèlement à des activités d’enseignement et d’organisation d’événements autour de l’image photographique.

Découvrez la totalité du programme en détail sur le site :

www.desrives.net

et surtout venez nombreux et participez !

 

 

 

Portraits et paroles d’exilés autour de l’importance du vêtement dans leur parcours

Un jour, Zaman, un jeune Afghan s’est présenté au centre de la Chapelle, la fameuse « bulle” gérée par l’association Emmaüs Solidarité qui a été dégonflée en avril dernier après avoir accueilli près plus de 25 000 migrants et enregistré 60 000 passages d’exilés en 18 mois d’existence. Ce jeune homme, en bermuda et en tongs après avoir marché seize mois depuis Kaboul, avait besoin de chaussures. Au vestiaire, il a demandé s’il y avait des baskets – des « pas trop moches », genre des « sneakers, comme celle de Jay-Z ».

Cette anecdote a conduit les bénévoles à s’interroger sur la fonction sociale du vêtement pour les réfugiés – et surtout à leur poser, à eux, la question. Dans les caisses remplies de chaussures, de pulls, de manteaux, ils choisissent ce qui est à leur taille mais, aussi, ce qui leur plait. Le vêtement les représente et incarne aussi bien leurs peurs que leurs rêves. C’est de là qu’est né le projet artistique original et engagé baptisé « Des sneakers comme Jay-Z » qui a réuni deux photographes, un vidéaste et quatre bénévoles d’Emmaüs Solidarité. Les photographes Frédéric Delangle et Ambroise Tézenas les ont donc immortalisés avec la veste ou le pantalon de leur choix – à cet instant où ils se sont trouvés beaux. Ils ont réalisé 46 portraits à la chambre, procédé lent et onéreux. Cette approche délicate prouve leur considération pour ces hommes parfois angoissés.

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Ibrahim

« J’ai 18 ans et je suis guinéen. Mes autres habits, ce sont mes amis qui me les ont donnés. Je n’ai rien, moi. J’aime le noir. Ce sweat-shirt noir. Dans la rue, on n’est pas bien habillé. Je suis entré vendredi ici, j’étais dans la rue. Je n’ai rien d’autre que ce que j’ai sur moi. »

Ces photographies, projetées en avril dernier au 104 à Paris dans le cadre du festival Circulations sont maintenant exposées aux Rencontres d’Arles, puis seront présentées à la Quinzaine photographique nantaise.  A suivre …

Il s’agit d’un très beau projet humaniste, un magnifique travail photographique, à voir absolument au magasin électrique jusqu’au 23 septembre.

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Ambroise Tézenas à gauche et Frédéric Delangle à droite interviewés dans leur exposition au magasin électrique à Arles © Sabrina Ponti

Un grand bravo et un grand merci aux bénévoles d’Emmaüs solidarité !