Pentti Sammallahti

Depuis quelques années, et notamment depuis sa rétrospective aux Rencontres d’Arles en 2012, le photographe finlandais Pentti Sammallahti, né en 1950, s’est imposé comme une des références de la photographie noir & blanc. Ses paysages, ses lumières d’aube ou de crépuscule, ses panoramiques l’ont consacré comme un des grands classiques. Plutôt que les humains, ce sont souvent les animaux qui constituent le sujet de ses photos et parlent de la vie, comme s’il préférait la nature sauvage à la compagnie des hommes.

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Solovki, mer Blanche, Russie,1992.
©Pentti Sammallahti / Courtesy galerie Camera Obscura

Sammallahti tire lui-même toutes ses photos avec une grande technicité, « c’est une tâche aussi importante que la prise de vues, souligne-t-il. Je suis un artisan, cela me semble naturel et évident »

Je partage totalement l’opinion de Michaël Houlette, directeur de la Maison de la Photographie Robert Doisneau où se tient actuellement une très belle exposition :

Cette œuvre, discrète et pourtant considérable, garde ses distances avec la voracité visuelle de notre époque. Elle nous emmène avec elle bien loin des formatages et des lieux communs et nous fait ainsi un bien fou : pas de méthode, pas de sujet de prédilection (la grâce des animaux peut-être), pas de système, juste une immersion dans la beauté du vivant et du pas grand-chose, dans le silence, dans le moment et sa perfection candide.

visuel 2 Pentti Sammallahti

Moscou, 1980
©Pentti Sammallahti / Courtesy galerie Camera Obscura

Autant dire que chacune des expositions de Pentti Sammallahti est un moment rare et précieux qu’il ne faut surtout pas manquer, et deux sont à découvrir en ce moment.

La Maison Robert Doisneau à Gentilly présente actuellement une soixantaine de magnifiques tirages réalisés par le maître : paysages, souvent avec animaux. Une place particulière est accordée aux oiseaux au moment où les éditions Xavier Barral lancent une nouvelle collection intitulée Des Oiseaux reproduisant, dans un premier opus, les oeuvres du photographe.

Surprise : une série de personnages réalisée à Tallinn, en Estonie qui montre une sortie de bureaux en 1981. Ce qui prouve bien que le photographe possède un registre bien plus étendu que ce que l’on connaît de lui.

Les photographies présentées de Pentti Sammallahti s’étalent sur plus de trente ans, de 1979 à 2011et pourtant elles sont quasiment impossibles à dater, en raison de l’intemporalité de la Nature bien sûr mais surtout de la constance de son regard.

Quant à la galerie Camera Obscura, qui représente l’auteur, elle consacre pour la quatrième fois une exposition personnelle à Pentti Sammallahti avec des oeuvres nouvelles ou inédites, et un choix accompagnant le nouveau livre des éditions Xavier Barral.

Ce travail engendre la sérénité. Ne surtout pas s’en priver !

 

Jusqu’au 13 janvier 2019

Maison de la Photographie Robert Doisneau

1, rue de la Division du Général Leclerc – 94250 Gentilly

Du mercredi au vendredi de 13h30 à 18h30

Samedi et dimanche de 13h30 à 19h00

Fermée les jours fériés

Entrée libre

 

Du 26 octobre au 29 décembre 2018

Galerie Camera Obscura

268 bd Raspail – 75014 Paris

Du mardi au vendredi de 12h à 19h

Le samedi de 11h à 19h

Entrée libre

 

Des Oiseaux

Editions Xavier Barral

Textes : Guilhem Lesaffre

120 pages -100 photographies environ

Format : 20,5x26cm

ISBN : 978-2-36511-208-6

En vente : 35 €

 

 

 

 

 

 

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La Santé de Mathieu Pernot

« La Santé », seule maison d’arrêt à Paris intra-muros, a été construite en 1867 dans le 14e sur le site d’une maison de la santé. Elle a connu des prisonniers célèbres, comme le poète Guillaume Apollinaire (1911), Léon Daudet, Jean Genet ou le gangster Jacques Mesrine, qui s’en évade en 1978.

Sachant que la prison allait partiellement fermer à partir de 2014 pour d’importants travaux de rénovation, Mathieu Pernot réussit à convaincre l’administration pénitentiaire de l’autoriser à photographier les bâtiments désertés avant leur destruction.

En avril 2015, alors que les derniers détenus venaient d’être transférés vers d’autres établissements pénitentiaires, il photographie l’ensemble du bâtiment et parcourt l’intégralité des cellules pour y inventorier les graffitis inscrits sur les murs et prélever les images qui y étaient encore accrochées. Puis à l’automne 2015 il photographie le chantier de démolition.

_MG_9823la santé, 2015 ©Mathieu Pernot

Mathieu Pernot observe avec son appareil l’architecture de cette prison, cherchant la bonne distance, passant de la structure à l’individu, sans les individus. En faisant dialoguer ses photographies avec des inscriptions et images prélevées sur les murs, il fait le récit à plusieurs voix de cette vie intérieure. La simplicité et la rigueur de son regard permet l’incarnation de ces existences absentes, locataires involontaires de ces lieux contraints. Sans voyeurisme ni morale, dans une oeuvre qui se joue sans acteurs par l’unique trace de leurs existences, il semble nous conduire, tel un archéologue, au coeur d’une civilisation connue de tous et pourtant invisible de notre histoire.

‘‘Qu’est ce que l’enfermement ? Comment faire exister une certaine forme de liberté sur les murs derrière lesquels on se trouve enfermé ?’’ Tel est le vrai sujet qu’il interroge avec ce travail.

L’exposition actuellement présentée au CENTQUATRE-PARIS présente des photographies de coursives de la prison et la vidéo intitulée Promenade de Santé (5’27”). Dans ce film, Mathieu Pernot parcourt l’ensemble des bâtiments de la prison de la Santé et nous invite à découvrir le lieu peu de temps après le départ des détenus. Ce film montre également le prélèvement par l’auteur des documents laissés par les détenus sur les murs de leur cellule et constitue une forme de modus operandi de l’ensemble du travail.

L’Installation Archives de la Santé (2015) est constituée de textes retranscrits et d’images prélevées dans les cellules. Ces archives mettent en forme des récits multiples et le portait en creux de ceux qui se trouvèrent enfermés derrière ces murs. On y trouve des photos pornos ou religieuses, des posters de montres ou de voitures de luxe …

muscu 2015 ©Mathieu Pernot(1)

Au centre de la salle, L’Atlas troué, installation de cartes prélevées dans les cellules, cartes du monde, de pays ou de villes. Certaines d’entre elles, disposées sur les portes, sont trouées en leur centre pour permettre aux gardiens se trouvant dans la coursive de voir l’intérieur de la cellule à travers l’oeilleton.

Enfin, au coeur des photographies de Mathieu Pernot sur la démolition des bâtiments de La Santé, Les Peintures cassées, 24 peintures sur bois réalisées par des détenus dans le cadre d’un atelier d’art plastique. Collées sur un mur et promises à la disparition, ces peintures, cassées au moment du chantier, il les a réparées en agrafant ensemble les morceaux.

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L’ensemble est poignant, à voir absolument !

Lauréat des prix Nadar en 2013 et Niepce en 2014 (qui, je le rappelle, sont décernés par l’association Gens d’images), Mathieu Pernot est l’un des photographes majeurs de sa génération avec ses travaux au long cours à l’opposé des photos au kilo postées chaque jour sur les réseaux sociaux. Ses photographies sont toujours croisées avec des documents d’archives, des albums de famille, des cartes postales anciennes. Il a notamment travaillé sur l’hôpital psychiatrique de Picauville, dans la Manche, avec l’historien Philippe Artières, travail qui avait été exposé à la maison rouge (cf mon article de février 2014).

Mathieu Pernot s’inscrit dans la lignée des photographes documentaires, comme Etienne Atget ou August Sander. Ses photographies sont la mémoire de ce qui va disparaître, c’est-à-dire indispensables !

Jusqu’au 6 janvier 2019

Le CENTQUATRE-PARIS

5 rue Curial – 75019 Paris

01 53 35 50 00

 

La Santé

Photographies Mathieu Pernot

Introduction de José-Manuel Gonçalvès
Préface de Mathieu Pernot

Relié, 21 x 28,5 cm
128 pages – 75 photographies couleur

Editions Xavier Barral

35€

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