Festival du Regard

Pour sa quatrième édition le Festival du Regard se développe et change d’espace. Après le Carreau de Cergy l’année dernière, il investit l’ancienne Tour EDF, construction de grande hauteur située dans le Grand Centre de Cergy-Pontoise, lieu particulièrement adapté à la thématique de 2019 : HABITER.

Réinventer l’habitat, tel était le défi à relever lors de la création de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise cette communauté d’agglomération qui, 50 ans plus tard, recense11000 entreprises, 30000 étudiants et 208 000 habitants sur un territoire vaste comme la ville de Paris et dont le quart est constitué d’espaces verts naturels ou aménagés.

Neuf expositions occupent les 1500 m2 du rez-de-chaussée et dialoguent avec les huit expositions installées en extérieur, dans le parc François Mitterrand et sur le Parvis de la Préfecture.

Dans la Tour EDF, on peut admirer les mégapoles de Michael Wolf dont on déplore le décès le 24 avril dernier, les photographies réalisées en Chine et à la chambre par Cyrus Cornut, les township et ghettos périurbains d’Afrique du Sud vus par Anne Rearick, l’enquête photographique sur l’habitat social d’Hortense Soichet .

C’est aussi l’occasion de découvrir les photographies de Cergy en couleur réalisées par un certain Robert Doisneau en 1984, les tirages noir et blanc de Jean-Claude Gautrand représentant des blockhaus habités, l’emblématique immeuble Giron à Cuba photographié par Jean-Christophe Béchet, la banlieue de Paris par la grande Sabine Weiss, des œuvres de Lucien Hervé – photographe de Le Corbusier -, ainsi que des tirages albuminés d’Eugène Atget.

Enfin et toujours dans la Tour EDF, c’est à un habitat imaginaire que nous convie Frank Kunert, lui qui réalise des maquettes d’intérieurs surréalistes et drôles. C’est sur cet auteur que je vais m’arrêter. L’univers de Frank Kunert, né en 1963 à Francfort, ne ressemble à aucun autre. Cet homme passe des journées entières à peaufiner les moindres détails de ses maquettes qu’il fabrique à la manière d’un modéliste avec du carton ou du balsa. Perfectionniste, il l’est également dans ses photographies réalisées à la chambre grand format. Pas d’intervention numérique, ni Photoshop, ni retouche comme on pourrait le croire.

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Ses mondes miniatures sont fantaisistes, bizarres, un peu absurdes, parfois grotesques et souvent pleins d’humour. Il faut parfois être très attentif pour percevoir son message. Ses petites histoires racontées en maquettes tantôt résonnent comme des fables philosophiques, tantôt évoquent des contes métaphysiques, nous faisant réfléchir à notre peur de l’avenir, à la vacuité de la vie …

Habitation logée dans un pilier d’autoroute

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Unter der Brücke © Franck Kunert

 

WC dont l’évacuation finit dans un poste de télévision

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Live-uebertragung © Franck Kunert

 

Tout un monde à ne surtout pas manquer !

A quelques pas de la Tour EDF, dans le Parc François Mitterrand, Marie-Pierre Dieterlé présente La Cité Gagarine sur le départ, Marseille terrain privilégié de Yohanne Lamoulère, l’immobilier dans la banlieue de Delhi raconté par Arthur Crestani, Sun City en Arizona ghetto pour riches vu par Peter Granser, l’étrange banalité de l’architecture du Luxembourg de Nikos Zompolas et les “Portraits submergés” de Gideon Mendel qui depuis 2007 photographie les victimes d’inondations dans leurs intérieurs sous l’eau, notamment ce portrait qui n’est pas sans rappeler le célèbre tableau de Grant Wood.

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Portraits submergés © Gideon Mendel

 

Enfin, sur la Place des Arts, on peut suivre les aventures spatiales de Thomas Pesquet.

 

Tour EDF

Parvis de la Préfecture – 95000 Cergy

Mercredi : 12h -> 19h

Jeudi : 12h -> 18h

Vendredi : 12h -> 18h

Samedi : 13h -> 19h

Dimanche : 14h -> 18h

Jusqu’au 14 juillet 2019

Toutes les expositions sont gratuites

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Le Scoresby Sund

Sous le titre Mémoires de glaces, la galerie Hegoa présente actuellement une exposition de photographies de Philippe Alexandre Chevallier réalisées l’été dernier au Scoresby Sund, le plus vaste système de fjords du monde, situé sur la côte est du Groenland.

Cette région encore largement méconnue est un lieu d’investigations scientifiques pour étudier sa préservation et l’impact du réchauffement climatique au niveau mondial. En effet, on estime aujourd’hui que 22% des réserves mondiales de pétrole et de gaz naturel, ainsi qu’une profusion de minéraux et de terres rares se trouvent en Arctique.

Le Scoresby Sund n’est accessible par bateau que trois mois par an et le premier navire français à avoir mouillé dans la baie de Rosenvinge est le Pourquoi-Pas ? de l’explorateur polaire Jean-Baptiste Charcot. Commandant de deux expéditions en Antarctique, douze en Arctique, grand humaniste et navigateur hors-pair, Charcot était déjà visionnaire sur l’importance de la fragilité des pôles et donc de notre planète.

Parmi toutes les photographies de Philippe Alexandre, celle de ce vieux gréement au milieu des icebergs du Scoresby Sund m’a immédiatement évoqué le Pourquoi-Pas ?

philippe alexandre chevallier - scoresby sund 2018

C’est donc dans le cadre de cette exposition que Vincent Gaullier et moi, co-auteurs du livre publié chez Larousse L’aventure des pôles, Charcot explorateur visionnaire feront revivre ce Polar gentleman au cours d’une conférence avec projection

le mardi 19 février à 19h

Un grand merci à Nathalie Atlan Landaburu !

Exposition jusqu’au 2 mars

https://galeriehegoa.fr/courses/memoires-de-glaces-philippe-alexandre-chevallier/

Galerie Hegoa

16 rue de Beaune – 75007 Paris

Métro Rue du Bac ou Solferino – Ligne 12

Parking Montalembert – 9 rue Montalembert – 75007 Paris

Du mardi au samedi de 11h à 13h et de 14h à 19h

Entrée libre

 

Vasantha Yogananthan, lauréat du Prix Camera Clara

Chaque année, depuis 2012, le Prix Camera Clara récompense les photographes travaillant à la chambre pour une série inédite. A l’heure où le numérique règne sur nos imaginaires visuels et paraît indétrônable, le Prix Camera Clara se propose de contrer la tendance en douceur en remettant la précision, la patience et la virtuosité du photographe au centre de cette pratique. Le travail du lauréat 2018, Vasantha Yogananthan, est d’autant plus symbolique qu’il a pour fil rouge la lenteur et la quête intérieure.

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The Riders – Barnawapara Sanctuary, Chhattisgarh, Inde, 2017

Tirage C-print noir et blanc repeinte par Jaykumar Shankar
©Vasantha Yogananthan

 

Né en 1985, Vasantha vit à Paris. Son travail de ce photographe est une quête de lenteur, de magie, une découverte de l’espace et de l’humain au cœur de celui-ci. Jonglant entre documentaire et fiction, le langage photographique de Vasantha Yogananthan a une dimension presque philosophique. Le temps est rallongé, la palette de couleurs étendue. L’inspiration picturale apparaît comme évidente dans ces natures mortes et ces portraits à l’impact visuel aussi percutant que celui de grands tableaux.

« A Myth of Two souls » est un projet composé de 7 livres, basé sur le mythe du Ramayana. Attribué au poète Valmiki, le Ramayana a été composé en sanskrit au IVème siècle. Vasantha Yogananthan en propose une relecture contemporaine.

Retraçant l’itinéraire de plus de 5000 kilomètres emprunté par les héros de l’épopée du nord au sud de l’Inde, les habitants des lieux mentionnés dans le Ramayana interprètent des passages qui ont marqué leur imaginaire, dans les portraits théâtralisés réalisés à la chambre photographique grand format 4×5 en noir et blanc. Ces tirages sont ensuite colorisés à la main par un peintre indien, Jaykumar Shankar, qui a reçu carte blanche. Il peint en suivant son imaginaire et sa propre sensibilité – sa vision se superposant à celle du photographe. Chaque tirage est donc unique, signé par les deux auteurs.

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Magic Jungle – Jog Falls, Karnataka, Inde, 2016

Tirage C-print noir et blanc repeinte par Jaykumar Shankar
©Vasantha Yogananthan

 

Les 7 livres qui composent « Myth of two souls » sont publiés par Chose Commune, maison d’édition fondée par le photographe et Cécile Pointboeuf-Koizumi. Ils parcourent, comme le poème, le cycle de la vie de la naissance des héros, leur histoire d’amour, la guerre et puis la mort. Vasantha publie un livre par chant. Le projet est toujours en cours.

L’exposition est à voir à la galerie Folia, ouverte en 2016, dans les anciens locaux de Robert Delpire et de Magnum Photos. Cette galerie s’inscrit dans l’héritage des grands photographes tout en œuvrant de manière pionnière au rayonnement d’artistes plus confidentiels : talents émergents ou méconnus, de toutes cultures et horizons, qui portent un regard engagé sur le monde.

Jusqu’au 2 mars 2019

Galerie Folia

13 rue de l’Abbaye – 75006 Paris

Du mardi au vendredi de 13h à 19h – Le samedi à partir de 11h

Entrée libre

Stéphanie Solinas

Formée à la photographie à l’ENS Louis-Lumière et docteure en arts plastiques, Stéphanie Solinas mène une carrière très dense depuis une quinzaine d’années, mêlant différentes disciplines autour de la photographie, son véritable point d’ancrage.

Ses œuvres sont autant d’enquêtes pour lesquelles l’artiste récolte des traces, interroge des témoins et propose au visiteur de se tenir au centre de ce faisceau d’indices. La notion d’identité est très présente dans son travail et Alphonse Bertillon, père de l’identité judiciaire, l’une de ses références.

J’ai déjà évoqué Stéphanie Solinas, à l’occasion de sa participation à l’exposition L’invention de Morel ou la Machine à images à la Maison de l’Amérique latine en mars dernier. D’autant qu’elle y présentait une série intitulée Le Pourquoi Pas ? en référence à Charcot, une investigation sous forme d’enquête de présences invisibles en Islande (2014).

Dans le cadre de Photo Saint Germain 2018, Fanny Lambert et Valérie Fougeirol, mettent en scène ses récents travaux à la galerie Gradiva sous le titre Haunted, Lost and Wanted.

Pensionnaire de la Villa Medicis à Rome cette année, Stéphanie Solinas y a sondé la valeur des miracles italiens dans son projet  L’inexpliqué, deuxième volet d’une exploration de nos identités et de nos croyances ouverte avec  Le Pourquoi Pas ? .

L’artiste revisite l’imagerie religieuse chrétienne à la recherche des figures mythiques, des présences invisibles symbolisées par les anges et les archanges.
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Stéphanie Solinas, L’Inexpliqué – Revenants, 2018.
Jésus enfant d’après Le Caravage, La Madone des Palefreniers, 1506, Galerie Borghèse, Rome – Tirage baryté argentique noir et blanc et tirages chromogéniques, 60 x 80 cm © Stéphanie Solinas

L’exposition présente également des œuvres de la série Déserteurs 2008-2013, qui répertorie les reliquats des portraits photographiques de défunts qui ornaient les tombes du cimetière du Père Lachaise et que le temps a détruit.

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Stéphanie Solinas, Déserteurs, 2008-2013. Vue de l’exposition Haunted, Lost and Wanted, galerie Gradiva, décembre 2018. (c) Stéphanie Solinas.

L’ensemble de l’exposition, magistral, se déploie sur deux niveaux dans un prestigieux hôtel particulier du XVIIe siècle face au Louvre. Un magnifique escalier à double révolution conduit à des salons en enfilade avec vue sur la Seine, véritable écrin pour les oeuvres de Stéphanie Solinas.

A voir absolument !

Exposition du 6 novembre 2018 au 11 janvier 2019

GALERIE GRADIVA

9, Quai Voltaire – 75007 Paris

Du lundi au vendredi de 10h à 18h30

Exceptionnellement ouverture le samedi 8 décembre de 11h à 17h

A PP RO CHE

Un salon à taille humaine, plus intime qu’une grande foire, et construit comme une exposition, c’est ainsi qu’Emilia Guenardi et Elsa Janssen, les co-directrices, définissent le salon A ppr oc he (avec cette typographie particulière), un salon indépendant qui réunit 14 artistes issus au monde des arts plastiques et de la photographie dans un hôtel particulier. La première édition en 2017 était prometteuse, la deuxième vaut vraiment le détour.

Au salon A pp ro che, l’objet photographique est multiple et intrigant. J’y ai particulièrement apprécié des travaux à partir de recyclage d’archives.

A commencer par celui d’Emmanuelle Fructus, qui, avec son œil d’iconographe, collecte depuis plus de dix ans des photographies de famille anonymes délaissées. Touchée par la pauvreté de ces images, elle les récolte afin de leur donner une seconde chance, une nouvelle vie. Telle une couturière, elle découpe patiemment, inlassablement ces personnages photographiques avec de petits ciseaux. Ses acteurs incongrus proviennent de la fin du XIXe siècle comme des années 1970. Elle extrait ces formes humaines de leur contexte pour les classer selon leur densité, leur brillance, leur colorimétrie sur de petits cartons blancs de forme rectangulaire où chacun est repositionné dans un espace neutre et sans histoire. Un nouvel ordre des choses. Sortes de listes de présences humaines, ces collages, photomontages, deviennent des tableaux qui parlent de notre Histoire, de celle des disparus.

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L’autre série qui a retenu mon attention se nomme No more, no less et elle est signée Thomas Sauvin et Kensuke Koike. De quoi s’agit-il ?

Thomas Sauvin est un collectionneur et éditeur français vivant à Pékin. En 2009 il se lance dans une aventure hors du commun : récolter des négatifs abandonnés dans une zone de recyclage au nord de Pékin et destinés à être détruits. Il rachète au kilo des sacs entiers, sélectionne, retravaille et classe plus d’un demi-million de photographies anonymes réalisant à lui seul l’un des travaux d’archives photographiques les plus importants en Chine.

Thomas Sauvin a confié à l’artiste japonais Kensuke Koike un cahier retrouvé sur un marché, ayant appartenu à un étudiant chinois en photographie d’une université de Shanghai dans les années 1980, qui réunit des négatifs, tirages argentiques et commentaires manuscrits d’un professeur anonyme. Kensuke a déconstruit l’image par découpages et collages minutieux en suivant une règle formelle : rien n’est retiré, rien n’est ajouté. Ainsi No more, no less présente de nouvelles épreuves argentiques réalisées à partir des négatifs originaux. Ce travail sublime nous rappelle que la photographie est avant tout une expérience.

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Notons aussi la première participation de la galerie Thierry Bigaignon avec le travail de Vittoria Gerardi qui nous propose une expérience visuelle et mentale du paysage.

On peut découvrir en avant-première quelques pièces de son dernier projet autour de Pompei. Elle a piégé dans le plâtre un tirage d’une photographie qu’elle a prise in situ, comme les habitants restés figés dans la lave du Vésuve. Surprenant !

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Courez-y vite !

 

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Le Molière

40 rue de Richelieu – 75001 Paris

Horaires d’ouverture au public, sur réservation :

Dimanche 11 novembre de 13h–17h

Réservations sur approche.paris

Pentti Sammallahti

Depuis quelques années, et notamment depuis sa rétrospective aux Rencontres d’Arles en 2012, le photographe finlandais Pentti Sammallahti, né en 1950, s’est imposé comme une des références de la photographie noir & blanc. Ses paysages, ses lumières d’aube ou de crépuscule, ses panoramiques l’ont consacré comme un des grands classiques. Plutôt que les humains, ce sont souvent les animaux qui constituent le sujet de ses photos et parlent de la vie, comme s’il préférait la nature sauvage à la compagnie des hommes.

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Solovki, mer Blanche, Russie,1992.
©Pentti Sammallahti / Courtesy galerie Camera Obscura

Sammallahti tire lui-même toutes ses photos avec une grande technicité, « c’est une tâche aussi importante que la prise de vues, souligne-t-il. Je suis un artisan, cela me semble naturel et évident »

Je partage totalement l’opinion de Michaël Houlette, directeur de la Maison de la Photographie Robert Doisneau où se tient actuellement une très belle exposition :

Cette œuvre, discrète et pourtant considérable, garde ses distances avec la voracité visuelle de notre époque. Elle nous emmène avec elle bien loin des formatages et des lieux communs et nous fait ainsi un bien fou : pas de méthode, pas de sujet de prédilection (la grâce des animaux peut-être), pas de système, juste une immersion dans la beauté du vivant et du pas grand-chose, dans le silence, dans le moment et sa perfection candide.

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Moscou, 1980
©Pentti Sammallahti / Courtesy galerie Camera Obscura

Autant dire que chacune des expositions de Pentti Sammallahti est un moment rare et précieux qu’il ne faut surtout pas manquer, et deux sont à découvrir en ce moment.

La Maison Robert Doisneau à Gentilly présente actuellement une soixantaine de magnifiques tirages réalisés par le maître : paysages, souvent avec animaux. Une place particulière est accordée aux oiseaux au moment où les éditions Xavier Barral lancent une nouvelle collection intitulée Des Oiseaux reproduisant, dans un premier opus, les oeuvres du photographe.

Surprise : une série de personnages réalisée à Tallinn, en Estonie qui montre une sortie de bureaux en 1981. Ce qui prouve bien que le photographe possède un registre bien plus étendu que ce que l’on connaît de lui.

Les photographies présentées de Pentti Sammallahti s’étalent sur plus de trente ans, de 1979 à 2011et pourtant elles sont quasiment impossibles à dater, en raison de l’intemporalité de la Nature bien sûr mais surtout de la constance de son regard.

Quant à la galerie Camera Obscura, qui représente l’auteur, elle consacre pour la quatrième fois une exposition personnelle à Pentti Sammallahti avec des oeuvres nouvelles ou inédites, et un choix accompagnant le nouveau livre des éditions Xavier Barral.

Ce travail engendre la sérénité. Ne surtout pas s’en priver !

 

Jusqu’au 13 janvier 2019

Maison de la Photographie Robert Doisneau

1, rue de la Division du Général Leclerc – 94250 Gentilly

Du mercredi au vendredi de 13h30 à 18h30

Samedi et dimanche de 13h30 à 19h00

Fermée les jours fériés

Entrée libre

 

Du 26 octobre au 29 décembre 2018

Galerie Camera Obscura

268 bd Raspail – 75014 Paris

Du mardi au vendredi de 12h à 19h

Le samedi de 11h à 19h

Entrée libre

 

Des Oiseaux

Editions Xavier Barral

Textes : Guilhem Lesaffre

120 pages -100 photographies environ

Format : 20,5x26cm

ISBN : 978-2-36511-208-6

En vente : 35 €

 

 

 

 

 

 

La Santé de Mathieu Pernot

« La Santé », seule maison d’arrêt à Paris intra-muros, a été construite en 1867 dans le 14e sur le site d’une maison de la santé. Elle a connu des prisonniers célèbres, comme le poète Guillaume Apollinaire (1911), Léon Daudet, Jean Genet ou le gangster Jacques Mesrine, qui s’en évade en 1978.

Sachant que la prison allait partiellement fermer à partir de 2014 pour d’importants travaux de rénovation, Mathieu Pernot réussit à convaincre l’administration pénitentiaire de l’autoriser à photographier les bâtiments désertés avant leur destruction.

En avril 2015, alors que les derniers détenus venaient d’être transférés vers d’autres établissements pénitentiaires, il photographie l’ensemble du bâtiment et parcourt l’intégralité des cellules pour y inventorier les graffitis inscrits sur les murs et prélever les images qui y étaient encore accrochées. Puis à l’automne 2015 il photographie le chantier de démolition.

_MG_9823la santé, 2015 ©Mathieu Pernot

Mathieu Pernot observe avec son appareil l’architecture de cette prison, cherchant la bonne distance, passant de la structure à l’individu, sans les individus. En faisant dialoguer ses photographies avec des inscriptions et images prélevées sur les murs, il fait le récit à plusieurs voix de cette vie intérieure. La simplicité et la rigueur de son regard permet l’incarnation de ces existences absentes, locataires involontaires de ces lieux contraints. Sans voyeurisme ni morale, dans une oeuvre qui se joue sans acteurs par l’unique trace de leurs existences, il semble nous conduire, tel un archéologue, au coeur d’une civilisation connue de tous et pourtant invisible de notre histoire.

‘‘Qu’est ce que l’enfermement ? Comment faire exister une certaine forme de liberté sur les murs derrière lesquels on se trouve enfermé ?’’ Tel est le vrai sujet qu’il interroge avec ce travail.

L’exposition actuellement présentée au CENTQUATRE-PARIS présente des photographies de coursives de la prison et la vidéo intitulée Promenade de Santé (5’27”). Dans ce film, Mathieu Pernot parcourt l’ensemble des bâtiments de la prison de la Santé et nous invite à découvrir le lieu peu de temps après le départ des détenus. Ce film montre également le prélèvement par l’auteur des documents laissés par les détenus sur les murs de leur cellule et constitue une forme de modus operandi de l’ensemble du travail.

L’Installation Archives de la Santé (2015) est constituée de textes retranscrits et d’images prélevées dans les cellules. Ces archives mettent en forme des récits multiples et le portait en creux de ceux qui se trouvèrent enfermés derrière ces murs. On y trouve des photos pornos ou religieuses, des posters de montres ou de voitures de luxe …

muscu 2015 ©Mathieu Pernot(1)

Au centre de la salle, L’Atlas troué, installation de cartes prélevées dans les cellules, cartes du monde, de pays ou de villes. Certaines d’entre elles, disposées sur les portes, sont trouées en leur centre pour permettre aux gardiens se trouvant dans la coursive de voir l’intérieur de la cellule à travers l’oeilleton.

Enfin, au coeur des photographies de Mathieu Pernot sur la démolition des bâtiments de La Santé, Les Peintures cassées, 24 peintures sur bois réalisées par des détenus dans le cadre d’un atelier d’art plastique. Collées sur un mur et promises à la disparition, ces peintures, cassées au moment du chantier, il les a réparées en agrafant ensemble les morceaux.

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L’ensemble est poignant, à voir absolument !

Lauréat des prix Nadar en 2013 et Niepce en 2014 (qui, je le rappelle, sont décernés par l’association Gens d’images), Mathieu Pernot est l’un des photographes majeurs de sa génération avec ses travaux au long cours à l’opposé des photos au kilo postées chaque jour sur les réseaux sociaux. Ses photographies sont toujours croisées avec des documents d’archives, des albums de famille, des cartes postales anciennes. Il a notamment travaillé sur l’hôpital psychiatrique de Picauville, dans la Manche, avec l’historien Philippe Artières, travail qui avait été exposé à la maison rouge (cf mon article de février 2014).

Mathieu Pernot s’inscrit dans la lignée des photographes documentaires, comme Etienne Atget ou August Sander. Ses photographies sont la mémoire de ce qui va disparaître, c’est-à-dire indispensables !

Jusqu’au 6 janvier 2019

Le CENTQUATRE-PARIS

5 rue Curial – 75019 Paris

01 53 35 50 00

 

La Santé

Photographies Mathieu Pernot

Introduction de José-Manuel Gonçalvès
Préface de Mathieu Pernot

Relié, 21 x 28,5 cm
128 pages – 75 photographies couleur

Editions Xavier Barral

35€

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